Commémoration de l'Appel du 18 juin : le devoir de mémoire transmis aux plus jeunes
Mise à jour le 18/06/2026
A l'occasion de la commémoration de l'Appel du 18 juin 1940, le Maire du 6ᵉ arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, les élus et l'association des anciens combattants ont rendu hommage à l'esprit de Résistance porté par le Général de Gaulle. La cérémonie a notamment été marquée par la participation des élèves de l'école Saint-Benoît et conclue par l'allocution du Maire du 6ᵉ.
Le 18 juin 1940, le Général de Gaulle lançait un appel à poursuivre le combat contre l'occupant Allemand suite à la capitulation du Maréchal Pétain et du régime de Vichy. Devenu l'un des symboles de la Résistance française, cet appel continue de faire vivre les mémoires des hommes et des femmes qui se sont engagés pour la liberté de la France.
C’est dans cet esprit que s’est tenue la cérémonie organisée à la Mairie du 6ᵉ arrondissement.
La matinée s’est ouverte avec la participation des élèves de CM1 et CM2 de l’école Saint-Benoît. Devant l’assemblée, les enfants ont interprété Le Chant des Partisans, hymne de la Résistance française. Composé par Anna Marly, Joseph Kessel et Maurice Druon, ce chant clandestin accompagnait les femmes et les hommes engagés dans la lutte contre l’Occupation.
Le Chant des Partisans
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
En faisant résonner ces paroles écrites dans l’une des périodes les plus sombres de notre Histoire, les élèves ont offert à cette commémoration une dimension particulièrement émouvante. Leur interprétation a rappelé que la mémoire ne se conserve pas seulement dans les livres, mais elle se transmet également par la voix, le partage et l’engagement des nouvelles générations.
Enfin, Jean-Pierre Lecoq est revenu sur la portée historique de l’Appel du 18 juin et l'importance du devoir de mémoire. S'adressant notamment aux élèves, il a souligné la nécessité de préserver l'esprit critique, la liberté de penser et le courage de défendre ses convictions.
Discours de Jean-Pierre Lecoq :
"Mesdames, Messieurs,
Charles de Gaulle, en ce jour, n’était pas encore le géant des livres scolaires. Il n’était pas le sauveur providentiel magnifié par le roman national. C’était un sous-secrétaire d’État à la Guerre, entré au gouvernement de Paul Reynaud depuis dix jours. Un officier supérieur qui avait vu la défaite se profiler, qui avait plaidé en vain pour une guerre moderne, et qui, face à l’armistice, a choisi de partir. Pas avec une armée derrière lui, pas avec un parti, ni même avec une grande popularité. Avec quelques compagnons et une conviction. Cet appel, entendu ce jour-là par seulement quelques milliers de personnes, n’a pas fait basculer la France d’un coup. Il a été une étincelle fragile dans l’obscurité.
C’est précisément cela qui le rend humain, et donc accessible. Charles de a pris un risque concret : celui de dire « Non » quand tout le monde, ou presque, disait « il faut bien ». Il avait 49 ans, une famille, une carrière. Il aurait pu attendre, se taire, s’adapter. Beaucoup l’ont fait. Lui a choisi de continuer le combat en sachant qu’il risquait tout – y compris l’accusation de trahison.
Ce qui frappe, quand on sort de la figure du commandeur, c’est cette part d’incertitude et d’obstination ordinaire. Le film « La Bataille de Gaulle », actuellement au cinéma, nous le rappelle utilement : derrière la légende, il y a un homme qui doute, qui peut s’énerver, qui convainc à force de volonté. Un homme qui incarne ‘’une certaine idée de la France’’, certes, mais qui l’incarne d’abord par des actes, un discours, une poignée de ralliements, des lettres et des voyages risqués.
Aux jeunes générations ici présentes – et je m’adresse particulièrement à vous –, je veux dire ceci : le devoir de mémoire n’est pas une obligation solennelle envers un passé figé. C’est une invitation à regarder comment des gens ordinaires, dans des circonstances extraordinaires, ont décidé que leur voix comptait. Vous n’aurez probablement jamais à lancer un appel depuis l’exil face à une armée nazie. Mais chaque jour, vous faites face à des petits renoncements : le confort de penser comme tout le monde, la pression du plus grand nombre, la tentation de se taire quand une vérité dérange, se dire que « ceux qui savent » ont forcément raison.
L’appel du 18 juin nous enseigne que l’Histoire s’écrit grâce à ceux qui refusent la fatalité. Non pas des héros parfaits, inaccessibles, mais des hommes et des femmes qui, à un moment donné, disent : « Ça ne se passera pas comme ça » Et qui agissent en conséquence, même si au début ils sont seuls, ou presque.
Dans notre arrondissement, où le Général de Gaulle a étudié en 1908 au lycée Stanislas, et où il a vécu de 1932 à 1937, boulevard Raspail, rappelons-nous que la liberté n’est jamais acquise. Elle se conquiert par le courage de penser par soi-même et parfois même contre soi-même, pour défendre quelque chose de plus grand que nous : notre pays et surtout la liberté de parler, d’écrire et même de dire n’importe quoi.
De Gaulle n’a pas gagné seul. Il a été contesté, parfois détesté, puis rejoint. Par Jean Moulin par exemple, qui, à quelques mètres d’ici, a organisé sous ses ordres, le premier Conseil national de la Resistance. La France libre s’est construite dans les hésitations, les disputes, les erreurs aussi. C’est aussi ce qui la rend vivante et concrète.
Alors, en ce 18 juin, honorons cette part de nous-mêmes capable de résister à l’air du temps, quel qu’il soit. Aux jeunes, je dis : lisez, discutez, débattez, acceptez d’entendre d’autres points de vue, soyez solidaires envers les plus vulnérables. Le Général de Gaulle n’a pas été un Dieu accomplissant des miracles. C’était un être humain comme vous et moi et c’est précisément pour cela que c’est un héros.
Vive la République et vive la France libre et éternelle ! "
