L’histoire de nos galeries d’art 2025

Le saviez-vous ?

Mise à jour le 06/03/2026

Vernissage exposition de Niki de Saint Phalle
Historien et critique d’art, commissaire d’exposition et éditeur, Clément Dirié nous raconte l’histoire des galeries d’art de notre arrondissement, avec un hommage rendu à Iris Clert, galeriste très influente dans les années 1950 et 1960.

À quand remonte l'implantation des premières galeries d'art à paris et en particulier dans le 6e arrondissement ?

Sous l’Ancien Régime, il ex iste des « marchands merciers » mais le véritable essor des galeries de peinture date des années 1840, avec des noms comme les Durand-Ruel. Les premières galeries s’installent d’abord près de l’hôtel Drouot puis de l’avenue Matignon.
Pour ce qui est de la Rive gauche, l’apparition des premières galeries s’opère plutôt dans les années 1920, après que les artistes ont migré de Montmartre à Montparnasse, où ils ont leurs ateliers. C’est à cette époque que Paris devient le centre mondial de l’art, à la fois en tant que marché, mais aussi comme lieu de création.
Dès la fin du XIXᵉ siècle, Paris a bénéficié de cette dimension internationale, aujourd’hui décuplée par les foires d’art contemporain. Les galeries françaises tenaient déjà le haut du pavé. Les galeristes s’installent traditionnellement près des lieux où vivent les artistes et/ou les collectionneurs.
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que les galeries vont véritablement s’implanter à Saint-Germain-des-Prés.
À ce moment-là, le 6ᵉ devient alors un creuset pour toutes les disciplines artistiques. C’est le quartier où tout se passe, avec le jazz et l'existentialisme. L'implantation des galeries est liée à l'histoire culturelle. Juliette Gréco visitait les galeries entre deux verres aux Deux Magots !
Dans les années 1990-2000, on voit l’émergence d’une nouvelle génération de galeristes comme Hervé Loevenbruck, Kamel Mennour et Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Les mouvements de migration d’un quartier à l’autre suivent l’activité culturelle. Daniel Templon, par exemple, a commencé rue Bonaparte, avant de s’installer près du Centre Pompidou en prévision de son ouverture en 1977. Il y eut ensuite la rue Louise Weiss dans le 13ᵉ ou Belleville plus récemment.
Saint-Germain- des-Prés est lui demeuré actif des années 1950 jusqu'à aujourd'hui, avec ce renouveau dans les années 1990. Aujourd'hui, c'est l’un des trois principaux quartiers de Paris pour les galeries.

Quelle est l’identité des galeries de Saint-Germain- des-Prés ?

Là où la Rive droite est plutôt liée aux galeries installées et aux marchands d’art, Saint-Germain-des-Prés va d’abord créer un modèle spécifique, celui de la « librairie-galerie », incarnée par La Hune, active de 1944 à 2015 et qui va rouvrir très prochainement. L'autre modèle, c'est la « galerie-laboratoire », portée sur l’expérimentation et la découverte, souvent localisée rue de Seine, rue des Beaux-Arts et rue Bonaparte. C'est aussi lié aux espaces plus réduits, qui donnent sur la rue, à la différence des autres quartiers, où l’on peut avoir des espaces en étage, même en fond de cours comme dans le Marais. Saint-Germain, c’est un musée à ciel ouvert !
La spécificité des galeries de Saint-Germain-des-Prés est d'avoir toujours défendu l'art de leur temps comme Pierre Loeb avec le surréalisme dès 1924, alors que la Rive droite est plutôt liée aux valeurs sûres.
L’autre spécificité, c’est la diversité des disciplines représentées. C’est une vraie force car elle reflète l’évolution du goût des collectionneurs qui achètent aujourd’hui à la fois des arts premiers, de l’art aborigène, du design, de l’art moderne et contemporain.
Ouvrir une galerie à Saint-Germain-des-Prés, c’est s’insérer dans un tissu commercial existant, conçu comme un village où l’on on peut circuler à pied. Le visiteur sait qu'il va en avoir pour son temps !
Les brasseries comme La Palette réunissent artistes, collectionneurs, critiques d'art, galeristes et étudiants des Beaux-Arts. Pendant des décennies, les livres d'or des galeries ont été utilisés d'or comme des carnets de rendez-vous. Il n'y avait pas ce côté officiel et un peu statutaire qu'avait la Rive droite à cette époque.

Comment a évolué le rôle des galeristes ?

Au XIXe siècle, le galeriste est avant tout un commerçant, d’abord marchand de curiosités, polyvalent, qui se spécialise au fur et à mesure comme marchand de tableaux et de sculptures. Le galeriste est aujourd’hui un personnage attractif, voire glamour. Il s'occupe de médiation, de publicité, de production , d’événementiel ou d’édition de livres. Il n’est plus uniquement là pour vendre des œuvres d'art, même si cela reste bien sûr le cœur du métier.
Contrairement à un guide-conférencier de musée qui vous parlera d’une œuvre sans connaître directement l’artiste, le galeriste a vis-à-vis du créateur et de son art un rapport de première main. C’est une grande force !
La digitalisation du marché de l’art fonctionne jusqu'à un certain montant de prix ou une certaine cote d'artiste car les collectionneurs (les vrais !) préfèrent voir les œuvres en vrai.

Pouvez-vous nous parler de votre projet d’hommage à la galeriste Iris Clert ?

Iris Clert a officié rue des Beaux-Arts entre 1956 et 1961. Elle est vraiment emblématique des « galeries-laboratoires ». Au XXᵉ siècle, la galerie est le lieu où s’écrit l'histoire de l'art, avant que les grands musées d’art contemporain ne soient créés.
Iris Clert est une galeriste intrépide, défricheuse et autodidacte.
Dès l’ouverture, elle va tout de suite créer l'événement avec des cartons d'invitation très originaux et des expositions marquantes, comme Le Vide d’Yves Klein en 1958 et Le Plein d’Arman en 1960. Je lui ai consacré un livre, Iris Clert. L’Astre ambigu de l’avant- garde, paru en 2021. Je suis ravi que ce projet de plaque commémorative permette de garder la mémoire de cette femme d’exception qui, dans un espace de 12 m², a bouleversé le cours de l'histoire de l’art.